11.23.2021

L'histoire: L’Artiste

Carmina Mora était une artiste douée, qui se sentait responsable de la mort de son jeune frère. Grandissant dans un village côtier sauvage du sud du Chili, elle dessinait les superbes paysages de Patagonie. Assise à l’extérieur, elle peignait des fjords spectaculaires tout en nourrissant les corbeaux qui nichaient dans l’arbre près de la maison.

Elle grandit sous le poids de la culpabilité dû au départ soudain de sa mère. Son père en voulait à Carmina pour l’abandon de sa mère, ce qui ajoutait à son chagrin. Elle devint la nounou de Matias, son petit frère, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. 

Un an plus tard, Carmina peignait avec Matias à l’extérieur quand le téléphone sonna. Son père était resté dans le jardin, à boire sa bière. Carmina se précipita dans la maison pour répondre au téléphone et raccrocha quelques secondes après. À son retour, Matias avait disparu. Elle interrogea son père, mais il n’avait prêté aucune attention à Matias. Elle appela son frère, le cherchant de partout. Au cours de ses recherches, elle aperçut un manteau rouge vif dans le ruisseau près de sa maison... le blouson de Matias. Elle sauta dans le ruisseau et le trouva en train de flotter à la surface, les yeux vides et fixes. Il était tombé et s’était noyé.                                         

Elle poussa un cri qui déchira le ciel. Son père la trouva en larmes au bord du ruisseau, s’accrochant au cadavre de son frère, entourée par une volée de corbeaux. Son père lui arracha le cadavre de Matias des bras, et elle hurla jusqu’à perdre la voix. 

Le lendemain matin, le monde baignait dans l’obscurité. Son père ne lui adressa pas le moindre mot, c'était inutile. Carmina savait bien que c’était uniquement de sa faute à elle. Les mois s’écoulèrent, mais sa perte était aussi fraîche que la rosée matinale. Paralysée par sa haine de soi, elle ne pouvait plus peindre. Sans Matias, la vie n’avait pas de sens.

La triste matinée de l’anniversaire de Matias, Carmina marcha jusqu'à un pont étroit à plusieurs pâtés de maisons de chez elle. Elle était convaincue que rien ne pourrait jamais la soulager. Sa mère était partie, son frère était mort, et son père la tenait pour responsable. Elle était convaincue qu’il ne lui restait plus aucune raison de vivre. 

Carmina approcha de la rambarde du pont qui enjambait une rivière tumultueuse. Les habitants du coin l’avaient surnommé le Saut de la mort. Plusieurs voitures passèrent à côté de Carmina, mais personne ne s’arrêta. Personne ne semblait s’en préoccuper. Elle escalada la rambarde et ses jambes tremblèrent tandis qu’elle se tenait sur le bord du pont. Elle regarda en bas, observant la rivière féroce qui s’écrasait contre un énorme rocher. Elle ferma les yeux. 

À bientôt, Matias.

Soudain, une cacophonie de croassements s’éleva dans le ciel. Carmina ouvrit les yeux et vit un nuage noir de plumes voler jusqu’à elle. Le nuage s’ouvrit en deux et des corbeaux noirs luisants plongèrent du ciel. L’un d’eux se posa sur son épaule, observant attentivement Carmina droit dans les yeux, comme s’il cherchait à scruter son âme. Elle relâcha son emprise sur la rambarde et le corbeau croassa bruyamment. Carmina observa le corbeau, confuse.

Un autre corbeau se posa sur la rambarde, puis un autre. Bientôt, une volée de corbeaux recouvrait la rambarde du pont, se tenant près d’elle. Elle sentit leur regard lourd, calculateur et énigmatique, comme s’ils étaient en train de l’évaluer. Elle regarda en bas pendant une seconde et un tonnerre de croassements vint interrompre ses sombres intentions.  Les corbeaux semblaient se préoccuper de son bien-être. Vacillant sur le rebord du pont, le vent soufflant au travers de ses cheveux noirs, Carmina se sentait comme l’une d’entre eux. Pour la première fois depuis la mort de Matias, Carmina ne se sentait plus seule.

Elle rentra chez elle, donnant une nouvelle chance à la vie. Les corbeaux partirent, mais Carmina soupçonnait que s’il devait lui arriver quelque chose, ils reviendraient.

Inspirée par son expérience, Carmina s’empara d’un pinceau. Les semaines qui suivirent, elle peignit son expérience, utilisant de l’encre noire pour représenter le Saut de la mort avec un nuage noir de plumes, la volée de corbeaux qui lui avaient sauvé la vie. L’expérience l’avait transformée et signifiait les débuts de son art surréaliste distinctif à l’encre noire.

Au bout de plusieurs années, un peu de couleur commença à percer au milieu de l’obscurité, et ce changement de médium vint étendre son art. Elle peignait des fresques à grande échelle dans les rues bondées, elle concevait des costumes grandioses et récitait des poèmes engagés. L’art de Carmina représentait des tragédies locales, intimes, à une grande échelle, pour qu’il soit impossible de les ignorer. Et partout où elle se produisait, les corbeaux la suivaient.

Ses performances étaient de plus en plus osées et elles attirèrent l’attention d’artistes qui se sentaient revigorés par son style. Elle se rapprocha d’un groupe de peintres qui comprenaient sa vision iconoclaste. Ses performances lancèrent à grande échelle le mouvement surréaliste qui devint un véritable phénomène.

Sa renommée grandit suffisamment pour décrocher une commande pour une multinationale, le Vack Label. Carmina enquêta sur ce groupe et découvrit qu’ils offraient des œuvres d’art à des membres du Congrès peu honorables. Les artistes engagés par Vack semblaient ensuite tous disparaître.

Décidée à exposer les liens du groupe avec des hommes politiques corrompus, Carmina accepta la commande de Vack. La semaine suivante, Carmina peignit une fresque géante sur le columbarium d’un cimetière, dessinant le logo Vack Label sous les traits d’une Faucheuse surréaliste moissonnant les champs de familles chiliennes. Elle arbora une robe théâtrale qu’elle avait peinte, sur laquelle elle avait cousu un poème à propos de la révolution politique.

L’œuvre provoqua un débat radical sur la corruption. La controverse dessina une cible dans le dos de Carmina. Après avoir reçu des menaces de mort anonymes, elle se réfugia dans la maison de son père, mettant aussi à l’abri ses amis les plus proches.

Cette nuit, une bande d’hommes masqués et armés entra dans la maison par effraction. Ils enlevèrent rapidement Carmina et ses amis, avant de les jeter dans un fourgon, et de prendre la route.

Le lendemain matin, une brise sèche souffla du sable sur le visage de Carmina, la réveillant. Elle était assise sur une chaise au milieu du désert, les jambes ligotées et les mains menottées. Ses amis étaient à terre, également ligotés. Une ombre tomba sur son visage. Carmina leva la tête.

Un homme vêtu d’une longue robe et au visage dissimulé par une sombre capuche approcha. Il sortit un couteau argenté de sous sa robe. Il saisit ses mains et récita un hymne dans une langue inconnue. Carmina ne baissa pas les yeux. Il fit une pause et abattit sa lame d’un coup soudain.

Elle hurla d’agonie tandis que ses amis se réveillaient face à l’horreur : les mains tranchées de Carmina tombant sur le sable.

L’homme à la capuche sourit de satisfaction.

Comment vas-tu peindre maintenant ?

Le maudissant, Carmina hurla, luttant contre ses entraves.

L’homme attrapa Carmina par le menton. Elle lui cracha au visage.

Il grogna et lui ouvrit la bouche de force, avant de tirer sa langue. Carmina luttait contre ses menottes. D’un coup violent, il lui trancha la langue.

Elle hurla de douleur. L’homme nettoya sa lame sur sa robe, y laissant une traînée de sang.

Comment vas-tu réciter tes poèmes maintenant ?

Le chagrin grandissait en Carmina, plus vif que la douleur. Submergée par une rage incontrôlable, le chagrin et le sentiment de perte étouffèrent sa raison. Elle avait perdu son petit frère. Et elle avait perdu le seul moyen de surmonter cette douleur. Carmina hurlait comme le jour de la mort de son frère.

Des croassements rauques résonnaient dans le désert. Le ciel était obscurci par un cyclone de nuages noirs. Des plumes noires tombèrent sur les bras ensanglantés de Carmina. Elle leva la tête et vit un torrent de corbeaux émerger des nuages, plongeant sur l’homme à capuche.

Tandis que les corbeaux affamés picoraient sa chair sans merci, Carmina souriait, observant son art surréaliste prendre vie.

Mais son cœur trembla de rage quand elle vit les corbeaux se diriger vers leur prochaine cible, ses amis ligotés à terre. Elle hurla tandis que des vagues de douleur, de culpabilité, et d’effroi la submergeaient. Mais cela ne servit à rien, les corbeaux affamés étaient incontrôlables.

L’obscurité s’abattit sur ses yeux tandis que les cris d’agonie de ses amis se faisaient plus perçants. La mort venait encore et encore, et c’était de sa faute à elle.        

Une brume noire épaisse l’enveloppa.

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